LA DECOUVERTE DU SIECLE ? par Eric Vejdovsky

Disons-le sans ambages : la découverte des neurones miroirs, en 1995, est l’une des plus importantes percées scientifiques des dernières décennies, et pas seulement parce qu’elle donne raison à Aristote ! S’il faut s’en convaincre, laissons parler les experts. Vilayanur Ramachandran, par exemple, directeur du Center for Brain and Cognition de l’université de Californie, n’hésitera pas à écrire cinq ans après cette découverte  : « Je prédis que les neurones miroirs feront pour la psychologie ce que l’ADN a fait pour la biologie. Ils vont fournir un cadre unifiant et aider à expliquer une quantité de dispositions mentales qui restaient jusqu’à maintenant mystérieuses et inaccessibles à l’empirisme « , ou encore Scott Garrels, chercheur californien  en psychologie clinique :   » Des preuves convergentes de la psychologie du développement et de la neuroscience cognitive démontrent que l’imitation basée sur l’activité neurale miroir et le comportement réciproque interpersonnel est ce sur quoi est construit le développement humain « .

Tout a donc commencé en 1995, dans le laboratoire du professeur Giacomo Rizzolatti, chercheur et enseignant en physiologie à l’université de Parme, en Italie.

Le savant et son équipe étudient un singe, dont ils ont couvert le crâne de capteurs reliés à un puissant scanner. Vient l’heure de la pause. Sans quitter le labo, les chercheurs découpent une pizza et se servent. Dring ! Le scanner du singe se met à « sonner ». L’animal regarde les humains manger et, évidemment, chaque fois que l’un d’eux tend la main vers un nouveau morceau de pizza, il fait sonner le scanner. Mais ce que les chercheurs découvrent, c’est que la zone active dans son cerveau est celle qui correspond au mouvement de la main : sans bouger, il « prend neuronalement » un bout de pizza ! Et c’est ainsi que commence une formidable nouvelle étape de l’exploration scientifique. Giacomo Rizzolatti et son équipe ont analysé comment, au moment où l’animal voit quelqu’un faire un geste intéressant, son cerveau met en branle exactement le même processus. En 1996, les chercheurs italiens annoncent la découverte d’un processus mimétique qui nous concerne tous : chaque fois que nous voyons une autre personne agir, surtout si elle nous paraît semblable à nous, des neurones miroirs  » s’allument  » dans notre cerveau, qui imite celui du modèle. En peu de temps, les labos de neurophysiologie du monde entier vont se ruer sur la nouvelle. Les grandes universités américaines invitent Rizzolatti à bénéficier de leurs équipements… autrement plus luxueux que ceux de Parme.

 

 

 

L’OUTIL DE L’HOMINISATION ?

Depuis, les résultats s’accumulent, chaque mois ou presque une nouvelle trouvaille vient ajouter son lot d’infos. Un pianiste joue et, sur l’écran du scanner, une véritable symphonie de couleurs révèle la magnifique complexité de ce qui se passe dans son cerveau. À côté, un autre pianiste ne fait que l’écouter, et c’est quasiment la même symphonie de couleurs ! En revanche, dans le cerveau d’un auditeur non musicien, même content, il ne se passe pas grand-chose.  Vive l’école et la culture !

Fait capital : c’est apparemment grâce aux neurones miroirs que notre appareil neuronal s’est structuré, pendant les deux ou trois années qui ont suivi notre naissance, par mimétisme de nos parents ou des personnes s’occupant de nous. Ils seraient même actifs dès la naissance, ce qui vient recouper les travaux d’Andrew Meltzoff, à l’université de Seattle, l’une des personnalités marquantes de la psychologie génétique (appelée  » psychologie du développement  » aux États-Unis).

Il a montré que les bébés imitent extrêmement tôt. Il faut qu’ils voient, bien sûr – beaucoup de nouveau-nés n’ont pas encore la vision, mais certains peuvent imiter l’expression d’un visage dès leur naissance, avant même d’avoir vu celui de leur mère, mais juste celui de l’expérimentateur. Après trente ans de recherches, Andrew Meltzoff saute de joie à l’idée que les neurones miroirs viennent confirmer sa théorie ! Et avec lui nombre de psys s’enflamment. Pour certains, tel Boris Cyrulnik, le neurone-miroir serait à la base de l’empathie, de la relation, de la compassion, de la culture.

REPERCUSSIONS PHILOSOPHIQUES

La découverte des neurones miroirs n’a pas fini de provoquer des remous dans la pensée humaine. Elle montre par exemple que notre cerveau moteur ne fonctionne pas, comme on le croit souvent, comme un robot qui aurait appris à effectuer certains gestes découpés en une succession de mouvements mécaniques, mais qu’il est entièrement habité par l’idée de l’action toute entière : ce n’est pas le mouvement du bras pour prendre la pizza, puis celui de porter la main à la bouche, etc., qui sont engrammés, mais l’action de  » saisir pour manger « , c’est-à-dire le geste avec son intention. Un pavé dans la mare du réductionnisme !

Mieux encore : les neurones miroirs offrent une formidable vérification expérimentale d’une théorie philosophique, celle du désir mimétique proposée par René Girard (professeur de littérature comparée des universités de Stanford et de Duke, membre de l’Académie française) dans les années 1960.

Résumons brièvement la théorie de Girard. Le mimétisme du désir constitue sa première grande hypothèse ; la seconde est le lien entre violence, victime émissaire et sacré. Notre désir est toujours mimétique, c’est-à-dire inspiré par, ou copié sur, le désir de l’autre. L’autre me désigne l’objet de mon désir, il devient donc à la fois mon modèle et mon rival. De cette rivalité naît la violence, évacuée collectivement dans le sacré, par le biais de la victime émissaire. René Girard a jeté les bases d’une nouvelle anthropologie, associant la violence et le religieux.

 

LES EFFETS DU DESIR MIMETIQUE :

En 1981, dans un autre livre, Oughourlian montrait que cette théorie permet de comprendre des phénomènes étranges tels que la possession, l’envoûtement, l’hystérie, l’hypnose…  L’hypnotiseur, par exemple, en prenant possession, par la suggestion, du désir de l’autre, fait disparaître le moi, qui s’évanouit littéralement. Et surgit un nouveau moi, un nouveau désir qui est celui de l’hypnotiseur. Selon le professeur, ce nouveau  » moi  » apparaît avec tous ses attributs : une nouvelle conscience, une nouvelle mémoire, un nouveau langage et des nouvelles sensations. Si l’hypnotiseur dit :  » Il fait chaud  » bien qu’il fasse frais, le nouveau moi prend ces sensations suggérées au pied de la lettre : il sent vraiment la chaleur et se déshabille.

De toutes ces applications du désir mimétique, Oughoulian en est venu à la théorie plus globale d’une  » psychologie mimétique  » – qui trouve également une vérification dans la découverte des neurones miroirs et leur rôle dans l’apprentissage, estime-t-il aujourd’hui.

Le désir de l’autre entraîne le déclenchement de mon désir. Mais il entraîne également, ainsi, la formation du moi. « En fait, c’est le désir qui engendre le moi par son mouvement. » Nous sommes des  » moi du désir « .

 

Sans le désir, né en miroir, nous n’existerions pas. On comprend que la théorie du désir mimétique ait suscité de nombreux détracteurs : difficile d’accepter que notre désir ne soit pas original, mais copié sur celui d’un autre !

NEURONES MIROIRS D’UNE SOCIETE ?

Certes, la découverte des neurones miroirs et sa comparse, la théorie du désir mimétique, ne rendront pas les humains meilleurs à elles toute seules, évidemment. Mais elles peuvent leur permettre de prendre leur distance par rapport aux imitations auxquelles les invite sans cesse l’environnement social, et singulièrement la télévision, riche en images faisant appel aux émotions. Elles peuvent également les aider à prendre la distance nécessaire pour éviter le passage du désir à la violence.

Boris Cyrulnik, par exemple, défend que si pour une raison quelconque le processus mimétique ne se met pas en place au début de la vie d’un individu, celui-ci devient, presque à tous les coups, psychotique : ne ressentant rien des sensations d’autrui, il ne pourra pas communiquer avec lui et, dans certains cas, pourra éventuellement le torturer sans gêne – pour Cyrulnik, c’est la définition même du pervers.

Jean-Michel Oughourlian est plus prudent. Pour lui, le rôle de la pression sociale est fort bien expliqué dans Les Bienveillantes, de Jonathan Little. « Il montre qu’en fait, ce sont des modèles qui rivalisent : d’abord révolté par le traitement réservé aux prisonniers, le personnage principal, officier SS, finit par renoncer devant l’impossibilité de changer les choses. » Ses neurones miroirs sont tellement imprégnés du modèle SS qu’il perd sa sensibilité aux influences de ses propres perceptions, et notamment à la pitié. Il y a lutte entre deux influences, et les neurones miroirs du régime SS l’emportent. La cruauté envers les prisonniers devient une habitude justifiée. « Plutôt qu’une absence ou carence des neurones miroirs, cela indique peut-être simplement la force du mimétisme groupal », estime Oughourlian. Impossible de rester assis quand la  » ola  » emporte la foule autour de nous lors d’un match de foot, même si on n’aime pas ça !

Nos neurones miroirs sont mobilisés par la pression mimétique de l’entourage. Les campagnes publicitaires sont des luttes acharnées entre marques voisines pour prendre possession, par la suggestion, des neurones miroirs des spectateurs.

Et c’est encore la suggestion qui explique pourquoi les membres d’un groupe en viennent à s’exprimer de la même façon…

Quant à savoir quelle place il reste pour la liberté humaine si tous nos désirs ne sont qu’imitation, la réponse de Jean-Michel Oughourlian est simple : « La liberté n’est pas un cadeau que l’homme recevrait, au départ, entier et terminé ». Ce que l’on reçoit, c’est la capacité de se libérer progressivement ; non pas tant du désir mimétique lui-même, que de la rivalité à laquelle il pousse.

Un homme peut  revenir au stade d’apprentissage qu’il a connu dans l’enfance, quand on lui montrait et qu’il imitait, tout en gardant paisiblement le modèle comme modèle, et se libérer de ce carcan de rivalité qui l’enferme dans la jalousie, l’envie, la violence.  La sagesse consiste à finir par apprendre à désirer ce que l’on a, et non pas systématiquement ce que l’on n’a pas. Si l’on y parvient, on est non seulement dans la sagesse, mais également libéré ». Dès lors que l’on est sans désir de possession, nous devenons libres de creuser ce que l’on a. Nous avons par exemple une conscience que nous pouvons explorer pendant des années, jusqu’à la rendre suraiguë, éveillée et devenir alors capables d’une certaine distance vis-à-vis des désirs et des comportements que nos neurones miroirs nous poussent à imiter.

 

 

Eric Vejdovsky

Consultant ITG

 



La mémoire du futur

Il ne s’agit pas de traiter aujourd’hui le scenario d’un futur James Bond ou Jason Bourne, mais de partager le regard d’un neurobiologiste, le Dr David Ingvar, et de l’application qu’en a faite Arie de Geus dans son excellent ouvrage La Pérennité des entreprises.

 

Pour Arie de Geus, la mémoire du futur est ce qui différencie le dirigeant d’une entreprise qui va survivre, de celle qui va mourir. En 1985, D. Ingvar publie des travaux qui démontrent que le cerveau humain cherche en permanence à donner du sens au futur. A chaque instant de notre vie, nous imaginons des possibles futurs pour anticiper l’avenir. Ne vous êtes-vous jamais demandé ce que vous feriez si votre train était en retard, ou si les embouteillages ne vous permettez pas d’être à l’heure à ce rendez-vous si important ? On s’imagine déjà dans une solution (et si je prenais la petite rue de droite, si je prenais un taxi, etc.) qui correspond à des chemins temporels imaginés dans un futur anticipé, même si vous ne passez pas à l’action.

 

Non seulement le cerveau imagine des scenarii possibles, mais en plus il les stocke dans le lobe préfontal, siège de la mémoire. Nous allons donc revisiter ces avenirs, et nous en souvenir. Autrement dit, nous allons créer une mémoire du futur.

 

Chez l’individu normal, 60% de ces avenirs sont positifs, 40% négatifs. A quoi nous sert cette mémoire du futur ? Non seulement elle prépare l’individu à agir lorsqu’une nouveauté apparait (elle l’a déjà imaginé) mais elle sert en plus à filtrer l’immense quantité d’informations que nous recevons. Si l’information nouvelle correspond à un futur imaginé, elle prend sens, et nous y portons une attention particulière.

 

Arie de Geus relie cette merveilleuse trouvaille à l’entreprise : « Nous ne percevons un signal de l’extérieur que lorsqu’il a une certaine pertinence pour une perspective d’avenir que nous avons déjà imaginé. Plus on élabore de « mémoires du futur »,  plus on est ouvert aux signaux que nous transmet le monde extérieur ».

 

Dans un contexte économique mouvementé, les dirigeants doivent faire un effort délibéré pour percevoir leur environnement, visiter leur futur, c’est à dire imaginer l’ensemble des possibilités qui pourraient perturber leur activité ou leur donner de nouvelles opportunités.

 

Conseil RH : Il s’agit à nouveau de bon sens. Notre façon de diriger, de la PME à la grande entreprise, consiste souvent à agir sans prendre le recul nécessaire, à garder « le nez dans le guidon » dans un environnement où tout évolue très vite. Ces recherches nous poussent simplement à prendre un peu de hauteur, savoir où nous voulons aller, pourquoi, comment nos concurrents vont le faire, pourquoi certains y arrivent et d’autres non, en quelques mots tenter de prendre le temps d’avoir une réflexion stratégique !

 

Aujourd’hui de façon exceptionnelle, voici un deuxième conseil RH : Courrez acheter ce livre fantastique d’Arie de Geus, La Pérénité des entreprises, l’expérience des entreprises centenaires au service de celles qui souhaitent le devenir ! (éditions Maxima)

 

Aurélien Fréret
http://www.rcomrh.com

http://conseilrh.unblog.fr, le blog RH !



Le bonheur intérieur Brut, par Eric Vejdovsky

Nous avons le plaisir de recevoir aujourd’hui Eric Vejdovsky, consultant RH et coach, pour parler (un peu) de management et (beaucoup) de bon sens !

 

Vers la sortie d’une pensée unique dans la mesure de la performance

Afin de mesurer la qualité de vie de ses pays membres, l’OCDE a lancé le mardi 24 mai l’indice du Bonheur Intérieur Brut (BIB). Basé sur onze critères (les revenus, le logement, l’emploi, la santé, la sécurité, la vie en communauté, la gouvernance, l’éducation, l’environnement, le sentiment de satisfaction personnelle, l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie de famille), et accessible sur le site de l’Organisation de coopération et de développement économiques, il nuance les résultats froids des statistiques économiques.

L’introduction de ce nouvel indicateur avait été recommandé dans son rapport par Joseph Stiglitz (qui présidait, à la demande du Président de la République en février 2008, la commission sur la mesure de la performance économique et le progrès social).

L’initiative de préférer la notion de bonheur à celle de PIB existe déjà au Bouthan qui utilise quatre critères pour définir son BNB (Bonheur National Brut) : la croissance et le développement économique, la conservation et la promotion de la culture bhoutanaise, la sauvegarde de l’environnement et la promotion du développement durable et la bonne gouvernance responsable.


Un indicateur incomplet

L’ensemble de la communauté économique salue l’initiative, mais certains regrettent que la notion de bonheur collectif ne soit pas prise en compte et déplorent que les effets politiques de ce type d’indicateur restent limités. L’économiste Jean Gadrey explique que « cet indicateur est orienté vers le bien-être individuel, et pas vers ce que l’on pourrait appeler la qualité d’une société ». Il pointe notamment l’absence de mesure de la couverture sociale des habitants ou le revenu des plus riches comparé à celui des plus pauvres.

Si la méthodologie et les outils statistiques utilisés par l’Insee, Eurostat et les autres instituts européens, vont évoluer, l’essentiel nous semble être avant tout dans une tendance de fond visant à sortir de la pensée unique de la création de la valeur à travers la seule performance économique.


Evolution ou révolution ?

Je penche plutôt vers la deuxième voie, celle d’une révolution copernicienne qui nous voit revenir à la définition originelle du management qui nous ramène… au XIIième siècle !

Au XIIème siècle existait en effet un mot connu aujourd’hui sous son seul genre féminin : la ménagère.

Et à cet égard, cette femme qui élevait sa famille, dans le respect d’un budget étroit – qu’elle ne savait pourtant pas calculer – le tout sous la férule d’un mari pas vraiment compréhensif… cette femme là était un vrai manager.

Mais si la ménagère était responsable de son foyer, il y avait à la tête de l’exploitation, un ménager. C’était le gestionnaire avisé de toutes les ressources :

-      naturelles (le sol),
-     
végétales (les plantes annuelles ou pérennes),
-     
animales (les bêtes de somme, de trait, de chair),
-     
techniques (avec par exemple les maréchaux-ferrants présents dans tous les villages),
-     
et enfin les ressources humaines.

Cet homme, on l’appellerait aujourd’hui économe, devait concilier deux objectifs contradictoires. Le premier était de sortir la meilleure récolte possible, objectif à court terme, impérieux dans cette économie de subsistance.

Mais à quoi bon engranger une récolte pléthorique dont on ne savait, à l’époque, ni exporter les excédents, ni les stocker en vue d’une année de vache maigre ?

Car à l’abondance pouvait succéder la pénurie… C’était alors la disette, voire la famine.

Le ménager avait alors un deuxième objectif, tout aussi crucial que le premier : assurer la pérennité du patrimoine naturel, matériel et humain de l’exploitation.

On est là dans le moyen et long terme. Le management se conçoit dans la durée.

Il faut sortir le résultat, tout en conduisant son unité avec ménagement. Voilà probablement la définition originelle de ce paradigme obsessionnel de nos entreprises.

Avant d’appliquer cette conception du ménager à notre vie contemporaine, poursuivons le mot dans ses évolutions.

Au XVIème siècle, le malouin Jacques Cartier découvre le Canada. Il est rapidement suivi par Samuel de Champlain qui, au début des années 1600, colonise la Nouvelle France. Des milliers de paysans de Normandie, du Perche, du Poitou s’embarquent pour la Belle Province, emportant avec eux le nom de ménager.

Quelques années plus tard, débarquent du Mayflower, des puritains anglais qui fonderont la Nouvelle-Angleterre.

Le Mayflower part à Plymouth pour l’Amérique une centaine de passagers qui seront les futurs pilgrim fathers (pionniers des futurs Etats-Unis d’Amérique).

Le 26 novembre 1620, le Mayflower aborde en un lieu qui fut baptisé Plymouth, près de Cape Cod et de l’actuel Boston.

Les colons, arrivés trop tard pour les plantations, vivent un premier hiver difficile. Leurs tentatives de cultures échouent pour la plupart et la moitié de la colonie meurt de maladie. Au printemps suivant, les indiens iroquois leur enseignent la culture du maïs, ainsi que la chasse et la pêche dans ces terres inconnues.

A la suite de leur première récolte, les colons décident de remercier Dieu et les Indiens. Ces derniers célébraient déjà thanksgivings à l’automne, après les moissons. Les pèlerins reprennent cette idée : chaque année, ils célèbrent la récolte d’automne au cours du Thanksgiving Day.

C’est en 1863 que le président Abraham Lincoln érigera cette date en fête nationale. Les pèlerins du Mayflower sont considérés comme les premiers colons fondateurs des futurs Etats-Unis d’Amérique.

Entre le sud du Canada et ce qui deviendra les Etats-Unis, on parle le franglais : les ménagers deviennent les managers.

Quand les Etats – Unis entreront dans l’ère industrielle, ils créeront le management.

Cette définition historique du management, qui concilie le résultat à la maintenance est, neuf siècles plus tard, d’une brillante actualité.

La difficulté, pour le manager, est d’échapper à la tyrannie de l’urgence et de l’immédiateté. Le temps prenant de plus en plus de valeur, l’instant présent risque d’anéantir l’avenir. Pour améliorer le résultat de son équipe, quel manager ne serait pas tenté de réduire les congés-formation, les investissements en réorganisation, et de maintenir une pression qui, à terme, use la motivation ?

Sans nier la nécessité d’accroître la productivité agricole au lendemain de la guerre, on peut s’interroger sur la pertinence de certains choix essentiellement guidés par le souci du rendement immédiat. L’énumération (caricaturale ?) des problèmes de nos agriculteurs et leurs effets environnementaux est éloquente : sols nitratés, plantes dénaturées, troupeaux infectés, exploitations surendettées…

En 60 années – dont la moitié dites glorieuses, nous avons menacé un patrimoine que depuis le XIIème siècle, des générations de ménagers avaient réussi à maintenir par une gestion raisonnée.

Les préoccupations, très largement partagées, d’un développement durable montrent toute l’actualité de cette conception originelle du management.

A titre individuel, le manager doit souvent gérer à la fois la performance immédiate de son équipe, mais aussi accompagner à terme le développement du potentiel de chacun de ses membres. Il est emprisonné dans un paradoxe dans lequel il lui est demandé de générer de plus en plus rapidement du résultat, sans tenir compte des délais de gestation indispensables pour créer de la valeur.

Face à ce type de pression, il y a ceux qui récoltent du résultat à court terme en prenant le risque d’appauvrir durablement leur terrain. Et il y a les autres qui savent qu’il est inutile de tirer sur un plant pour le faire pousser plus rapidement.

Et si le manager (re)devenait un «jardinier » qui cultive le vivant, et pas uniquement le fruit de ses résultats ? Un « manager jardinier » qui accompagne la croissance de ses équipes pour construire une performance durable, et pas uniquement du résultat immédiat ?

Eric Vejdovsky

Consultant ITG

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